Quand le Glaz découvre l’Enfer du Nord

Dimanche 8 Avril 2018, Compiègne. Le soleil rayonne en Picardie après les averses de la nuit. Dans quelques minutes, la Reine des Classiques s’élancera direction Roubaix. La pression monte, l’adrénaline, l’euphorie, un mélange de sentiments partagés par les coureurs comme par le staff. Cette course n’est définitivement pas comme les autres. Unique, belle, dure, cruelle, tragique : l’Enfer du Nord.

 

Pour sa première participation, le Vital Concept Cycling Club aligne quatre novices de Paris-Roubaix Elites mais tous ont déjà pratiqué les pavés du Nord chez les Jeunes. Tanguy Turgis (19 ans), Corentin Ermenault (22 ans), Adrien Garel (22 ans) appelé de dernière minute pour pallier le forfait de Kris Boeckmans, victime d’une chute la veille de l’épreuve et Jérémy Lecroq qui a fêté ses 23 ans lors de la présentation des équipes, incarnent l’avenir du cyclisme français. Fougueux, entreprenants, motivés, ils s’élancent pour 267 kilomètres de course sans peur avec la seule envie de faire rayonner les couleurs Glaz à travers la poussière et la boue qui s’entremêlent sur les pavés.

 

Premiers pépins

 

Durant près d’une heure, nos coureurs se battent pour prendre l’échappée matinale, emblématique des monuments dont fait partie Roubaix. Mais après cinquante kilomètres de lutte, neuf hommes prennent le large sans Men in Glaz. Une nouvelle course commence. De placement, de concentration, d’attente un peu mais pas de dilettante. Chaque kilomètre est crucial, il faut éviter les incidents afin d’aborder le premier secteur, Troisvilles à Inchy, dans les meilleures dispositions. Avant même d’avoir vu le moindre pavé, le peloton se scinde sur chute et Corentin Ermenault crève. Non, Roubaix ne pardonne rien, pas même un simple écart.

 

Il reste 160 kilomètres quand un rideau s’abaisse sur le quarantième coureur du peloton. Net. D’un coup, d’un seul. Un coureur touche une roue, chute et emporte tout le monde sur son passage. La faute n’est pas permise. Freiner est quasiment impossible sur ce pavé boueux et glissant. Les coureurs passent par les champs, descendent de machine, remontent, parlent à l’oreillette. Première panique de Roubaix. Désormais, les secteurs pavés s’enchaînent. Le répit n’est que de courte durée. Tanguy Turgis et Adrien Garel, bloqués par la chute, sont ramenés dans le groupe Van Avermaet. Eh oui, tout peut arriver, à tout le monde sur Roubaix, même au tenant du titre. Mais pas d’affolement. Non, pas à 150 kilomètres du vélodrome.

 

De Backer et Turgis, rescapés

 

Alors que les crevaisons se multiplient, Haveluy, ses 2500 mètres de pavés et ses quatre étoiles de difficultés, arrive. La foule est massée sur les bas côtés, hurlante, bouillante, excitée. Mais une nouvelle fois, une chute bouleverse l’ordre établit. Trentième position du peloton, clan : rideau. Sur la gauche de Tanguy Turgis, ça tombe. Le pire est évité mais rien n’est fini, Arenberg est face aux coureurs. Sa Trouée, sa forêt, ses cinq étoiles… Il faut se battre pour arriver en tête sur ce secteur mythique qui fete ses 50 ans. Bert de Backer, notre leader, connait cela par coeur. Déjà 11e et 12e de l’Enfer, il n’a toujours pas bougé une oreille et court au millimètre. Tanguy Turgis, 19 ans, est toujours là alors que les uns après les autres, certains de ses aînés sont éjectés du peloton.

 

Arenberg est derrière nous, derrière eux surtout. Bert et Tanguy sont toujours là. L’expérience et l’insouciance. Le présent et l’avenir. Les kilomètres passent, les pavés s’avalent, les attaques se succèdent : Gilbert, Teunissen et maintenant Stybar. Nos Men in Glaz s’accrochent et montrent le meilleur d’eux-mêmes. Mais à une cinquantaine de kilomètres du but, Tanguy Turgis crève. Changement de roue. Il ne reverra jamais le groupe des favoris alors que les grandes manoeuvres débutent. Rageant, frustrant pour le minot qui voulait se tester à Mons en Pévèle face aux plus grands. Bert de Backer accompagne les coups. Discret, placé, rusé. Il suit même Terpstra lorsque seuls sept coureurs partent à la chasse de Peter Sagan, parti à la conquête du pavé qui manque à sa collection de trophées. Mais les jambes sont dures, le rythme trop élevé. Bert est décroché et se bat pour un Top 20 avec Gilbert, Hayman, Naesen ou Degenkolb. Sur le vélodrome, BdB prend la 21e place, quelques minutes après Peter Sagan, cinquième champion du monde en titre à remporter la Reine des Classiques. L’incroyable Tanguy Turgis franchit la ligne 42e et deuxième français, anecdotique pour lui, dans le même temps que son idole de grand frère, Jimmy. L’histoire est belle, mémorable. Une histoire comme Roubaix aime en écrire et en vivre.

 

Alors que les coureurs se battaient face aux pavés et aux aléas de la course, Michael Goolaerts luttait pour la vie. Victime d’un arrêt cardio-respiratoire durant la course, le jeune belge de 23 ans nous a quittés. Trop jeune, trop tôt, en exerçant sa passion. Cette tragédie marque notre mémoire. Coureurs, manager, encadrement, nous apportons tout notre soutien aux proches de Michael et son équipe.

 

Réactions :

 

Tanguy Turgis, plus jeune coureur à finir Paris-Roubaix depuis 50 ans :

«Je ne me suis pas affolé en début de course, lorsque j’ai été pris dans une chute. J’ai vu que Naesen puis Démare étaient victimes de crevaison. Jimmy Engoulvent, mon directeur sportif, m’a donné des bons conseils dans l’oreillette, de ne pas m’inquiéter, que ça allait se relever devant.

 

J’étais bien sur les pavés mais en difficulté sur la route ! J’aurais voulu accompagner le groupe des favoris jusqu’à Mons-En-Pévèle, mais je crève juste avant. C’est dommage, c’est mon seul petit regret mais crever sur Paris-Roubaix c’est presque normal. Je ne connaissais pas vraiment le début de l’épreuve mais après le Pont Gibus, j’avais l’expérience de mes années Juniors - Espoirs. Après Arenberg, j’ai essayé de prendre un peu d’avance en espérant être repris par un petit groupe mais ils m’ont vite contré. (Rires) J’ai voulu essayer.

 

Avec Jimmy, mon grand frère, on a fait les huit derniers kilomètres ensemble jusqu’au vélodrome. C’était long, j’ai du me faire mal aux jambes… J’ai envie de voir comment je vais récupérer de Paris-Roubaix. Déjà chez les juniors, je mettais quelques jours pour m’en remettre.»

 

Bert de Backer, 21e de Paris-Roubaix :

 

«C’est vraiment une belle course mais il m’a juste manqué les jambes aujourd’hui. C’était dur de garder la roue des meilleurs. J’étais présent à la sortie de Mons mais pas assez fort à ce moment-là, c’était la partie la plus dure. J’ai bien récupéré ensuite pour bien finir mais pas de Top 10… Je suis déçu de ne pas faire mieux. J’aime cette course. Déception, oui, mais aussi heureux d’être là sur une telle course.

 

C’était important de pouvoir avoir Tanguy Turgis à mes côtés le plus longtemps possible pour m’accompagner, m’aider. D’habitude, je suis le capitaine de route de l’équipe mais aujourd’hui, j’étais leader. C’était super de l’avoir là.»

 

Jérémy Lecroq, hors-délais :

 

«C’est une course de fou. Personne ne laisse sa place dans le peloton, il faut se battre pendant 250 bornes ! Les plus forts sont devant et c’est ce qui rend la course si belle, si forte. C’est important de finir une telle épreuve pour l’expérience. Même pour moi, personnellement, c’est magnifique. On s’attend toujours à ce que ce soit difficile mais au final c’est encore plus dur. J’ai fait les derniers kilomètres tout seul. Le public m’a porté. Sans le public, je n’aurais peut-être pas terminé. À Bourghelles, j’ai vu toute la famille de Félix Pouilly, mon ancien équipier, qui avait préparé des trucs pour moi. C’était mon objectif pour vivre ce moment-là. J’ai pris le temps de savourer avant de rallier le vélodrome.»

 

Un journaliste flamand lui demande où il a mal : «- Aux fesses ! (Rires)»

 

Après ce Paris-Roubaix, cela te donne envie de quoi ? «De gagner. Je vais la gagner un jour et voilà, c’est tout. Sérieusement, c’est une course que j’ai envie de gagner. Je me suis battu pendant 200 bornes avec les meilleurs. J’ai pété parce que c’était ma première et que je manque de caisse et d’expérience. C’est l’objectif d’une carrière.»

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